Hardy Cameron, enseignant de l’école secondaire Hampton High, croyait tout d’abord que le vapotage n’était qu’un passe-temps à la mode, comme celle des fidget spinners, mais il s’est vite rendu compte que le vapotage créait de graves problèmes dans son école. En peu de temps, il avait remarqué qu’un nombre croissant d’élèves vapotaient sur le terrain de l’école, dans les salles de bain et même dans les autobus. Questionnés à ce sujet, les élèves répondaient tout simplement : « C’est bien moins pire que fumer ! »

Hardy admet qu’au début, il n’était pas pleinement conscient des dangers potentiels de ces nouveaux produits de vapotage. Mais, puisqu’il est membre du comité sur la santé et la sécurité à son école (une collaboration avec Travail sécuritaire NB), il a pu se rendre compte que le vapotage avait un impact négatif sur l’environnement de l’école.

Un jour, alors qu’il accompagnait des élèves à la salle de bain, il eu cette constatation : « Il y avait tant de boucane, qu’il était impossible de voir plus de 6 pieds devant soi! Je voulais m’assurer que personne ne s’était évanoui, et j’ai quitté la pièce étourdi. » Cameron a ainsi commencé à s’inquiéter quant à la qualité de l’air dans son école, ainsi qu’aux répercussions du vapotage sur la santé des jeunes.

Confisquer les dispositifs de vapotage des élèves qui vapotaient sur le terrain de l’école posait également un défi. « J’ai confisqué des dispositifs dont les liquides à vapoter ont coulé sur mes mains – mes mains devenaient alors noires et engourdies! Je m’inquiétais aussi de ma sécurité lors de la saisie de ces appareils – il y a toujours le risque qu’une batterie explose! » Ayant pris connaissance d’un avis décrivant un programme de subvention provincial qui finançait des initiatives visant à réduire les taux de vapotage chez les jeunes au Nouveau-Brunswick, Cameron décida de passer à l’action.  Il fit la demande et reçut une Subvention pour la promotion de la vie sans tabac du ministère du Développement social du Nouveau-Brunswick en 2018.

Hardy savait qu’il devait se renseigner davantage sur le vapotage avant d’agir car il n’est pas un professionnel de la santé. Il a commencé par se renseigner auprès des écoles voisines qui avaient des programmes similaires souvent appelés groupes SWAT (Students Working Against Tobacco) ou TATU (Taking Action on Tobacco Use). Il a ensuite formé son propre groupe SWAT appelé The Clean Air Initiative (CAI). Ce groupe de 7 à 10 étudiants se réunit régulièrement pendant l’heure du lunch, une fois par semaine, pour parler de leurs préoccupations concernant la dépendance à la nicotine, les maladies liées au vapotage dont ils ont entendu parler dans les médias, ainsi que le lien entre le vapotage et la santé mentale. De nombreux étudiants ont partagé le fait qu’ils vapotent pour aider à faire face à leur anxiété. Le groupe discute également de la façon dont l’industrie de tabac utilise des techniques de marketing pour inciter les jeunes à commencer à vapoter.

Hardy voulait que cette nouvelle initiative offre du soutien aux jeunes qui veulent cesser de vapoter, plutôt que des punitions. Il a eu l’idée d’envoyer des élèves qui vapotent au jardin communautaire (situé sur le terrain de l’école) plutôt qu’au bureau de la direction. Cela donne aux jeunes accros de la nicotine l’occasion de s’occuper avec du jardinage plutôt que du vapotage, et d’encourager une meilleure estime de soi grâce à l’acquisition de nouvelles compétences et d’amis.

Hardy s’est également associé à Kerrie Luck, éducatrice certifiée dans le dossier du tabagisme, pour mener quelques projets dans son école. Elle l’a aidé à créer un sondage pour déterminer combien d’élèves vapotaient réellement, combien étaient exposés à la vapeur secondaire, et ce qui pouvait être fait pour lutter contre la situation en utilisant une approche globale. Le sondage a révélé que 27% des 357 participants s’identifiaient comme des utilisateurs fréquents de dispositifs de vapotage et que 90% ou plus des élèves avaient vu leurs pairs vapoter en classe pendant les cours en 2018-2019.  L’approche globale utilisée par Hardy et Kerrie se penche sur 4 domaines clés du problème du vapotage à l’école, notamment (1) la mise en oeuvre et le respect de politques(2) la sensibilisation et le changement de culture (3) le soutien pour le sevrage à la nicotine et (4) la formation du personnel de l’école.

Hardy se dit satisfait de l’appui apporté par le district scolaire et le personnel de son école envers ses efforts et du soutien qu’il a reçu de la communauté ainsi que des étudiants eux-mêmes. « J’ai été impressionné par les élèves qui se sont portés volontaires pour se joindre à notre groupe, incluant ceux qui vapotaient et se sont joints à notre groupe afin d’obtenir de l’aide pour cesser. » Parmi les autres signes de progrès, mentionnons la nouvelle signalisation fournie par le district scolaire anglophone du Sud au cours de la dernière année visant à soutenir la promotion et le respect des politiques sans fumée existantes.

Hardy a de grands projets en tête pour son groupe Clean Air Initiative. Il a identifié un professionnel du Réseau de santé Horizon qui pourrait visiter son école secondaire de façon régulière afin de conseiller les jeunes pour se défaire de leur dépendance à la nicotine.  Il a aussi recruté le professeur d’arts visuels pour impliquer les jeunes dans la création d’images d’environnements sains et des rappels visuels que les jeunes ont droit a un environnement sans fumée. Enfin, il espère également offrir des séances d’information aux parents pour les aider à mieux comprendre la gravité du problème du vapotage dans les écoles.

Hardy prévoit aussi organiser une conférence portant sur la prévention et l’éducation dans les écoles afin de mieux connaître les défis et les succès que d’autres écoles ont connus dans ce dossier – le tout dans le but de partager des connaissances et des ressources. Un sondage sera réalisé au printemps 2020 pour évaluer l’efficacité des actions menées jusqu’à présent par le groupe Clean Air Initiative et déterminer si les actions prises ont un impact réel dans l’école.

De plus, Hardy veut encourager les élèves  à créer un mini-documentaire sur le programme Clean Air Initiative.  Les jeunes pourraient parler de leurs histoires personnelles de surmonter la dépendance à la nicotine et démontrer qu’il y a de l’aide et de l’espoir pour ceux et celles qui deviennent accros.  « Il ne faut pas oublier que nous ne connaissons pas encore les effets à long terme sur la santé des produits de vapotage et que ceux-ci sont malheureusement accessibles aux jeunes, car ils sont vendus dans de nombreux magasins de vape! Les mineurs obtiennent ces produits facilement – via des amis ou la famille – ou même en ligne. » Le vapotage a peut-être la réputation d’être moins dangereux que fumer une cigarette traditionnelle, mais Cameron prévient les jeunes que « moins de risque ou moins dangereux ne signifie pour autant pas sans danger »!

Histoire et photos utilisées avec permission.

Publié en février 2020.

Rédaction: Kristin Farnam (Coordonnatrice de la CATNB)

Traduction: Nathalie Landry (Coordonnatrice des communications de la CATNB)